Some Photos by: Manny Ardouin - Gilbert Saurel - Francois Adrien and other photographers. Album actif
Ils transposent la souffrance, la joie, le temps et leurs souhaits en musique. E. Ardouin
LA MUSIQUE A TRAVERS L'HISTOIRE D'HAITI par Pierre-Antoine DORISCA Article paru dans "Ecouter Voir", magazine d'information des professionnels de la musique, N° 44-45, août 1999 --------------------------------------------------------------------
Chaque île de la Caraîbe possède sa tradition musicale. La musique haïtienne prend sa source dans le mariage de trois cultures : l'européenne, l'africaine et la caraïbéenne. De gré ou de force, les Européens, Africains se sont introduits dans l'île d'Haïti et ce mélange d'ethnies et de civilisations a favorisé la naissance d'une expression musicale très variée.
La colonisation
Lorsque les Espagnols débarquent à Haiti (l'île montagneuse) le 5 décembre 1492, ils trouvèrent l'île merveilleuse et la dénomma Hispaniola (la petite Espagne). Ils pensèrent avoir atteint une région inconnue des Indes et ils donnèrent le nom d'indiens aux habitants de l'île, qui les accueillirent avec bienveillance. ale suis en grande amitié avec le roi de ce pays au point qu'il se fait honneur de m'appeler son frère et de me traiter comme tel, écrivait Colomb en 1492.
Nous savons par le biais de chroniqueurs de l'époque et aussi par les collectionneurs précolombiens que la civilisation des Caraïbes n'était pas aussi développée que celle des Aztèques du Mexique et des Incas du Pérou. Néanmoins ils avaient atteint un degré assez élevé de civilisation. Leurs poètes ou sambas composaient de charmants poèmes appelés areytos que les Indiens disaient sur le ton chantant au rythme du tambour le mayohuacan.
La surprise de la découverte passée, les conquistadors ne tardèrent pas à asservir la population indienne qui fut vite décimée par les travaux très durs que leur imposent les Espagnols et par les maladies amenées d'Europe. L'anéantissement systématique de la population indienne ne permit pas aux chants indiens de parvenir jusqu'à nous. L'unique pièce musicale, considérée comme un hymne guerrier serait ce fameux refrain chanté à l'assaut des forts espagnols par les Caraïbes : "A-ïa Bombé lama samana quana".
Après l'extermination des aborigènes remplacer la main d'ouvre indienne par les conquistadors espagnols, pour qui diminuait, encouragé par le prêtre Bartholomé de Las Casas, importèrent des noirs d'Afrique 1503. Ainsi débuta la traite des noirs qui allait déverser dans le nouveau monde des millions de Noirs arrachés sur le sol d'Afrique.
Puis vinrent les premiers aventuriers français qui s'établirent au Nord de l'île jusqu'à ce que par le traité de Ryswick, signée en 1697, leur cédât la partie occidentale de l'île qu'ils dénommèrent Saint-Domingue. Les Français intensifièrent la Traite des Noirs commencée par les Espagnols pour les besoins de la colonie en pleine expansion.
Les esclaves importés d'Afrique en très grand nombre étaient d'originel divers, Moreau de Saint-Rémy a recensé en 1789 une trentaine d'ethnies dans la colonie de Saint Domingue dont parmi les plus représentatives Sénégalais, Bambaras, Mandingues, Sobos, Kangas, Aradas, ou radas, Caplons, Fons, Mahis, Ibos, Nagos, Congos, Mayombés. Du brassage de ces tribus et au contact de la culture européenne est née une culture, une langue le créole, une religion (le vodou).
Tandis que les autres composantes de la société saint-dominguoise reproduisaient les travers et les formes musicales de la Métropole, les infortunés fils d'Afrique malmenés retrouvaient un consolation momentanée dans la bamboula, ces complaintes toujours tristes qu'ils fredonnaient dans leur grande misère. Mais surtout sous le couvert de conversion au catholicisme imposée par les Blancs, les Noirs ont pu conserver leur religion ancestrale avec ses chants et ses danses selon les rites principaux : petro, nago et rada, qui forment le culte vodou, un composant intime de la vie du peuple haïtien.
La musique vodouesque
La musique vodouesque, d'essence africaine, intègre les prières, les chants, les danses et la musique instrumentale. Elle est soutenue par un accompagnement rythmique dont les instruments peuvent être divisés en deux groupes : les idiophones et les membraphones. Les idiophones sont de trois sortes : le ogan, la clochette et l'asson? Les membraphones sont composés d'une batterie de tambours : l'assotor (le plus grand), le manman, le second et la boulah (rite rada).
Il ne faut pas non plus négliger le fait que cette musique a contribué à galvaniser, électriser le courage des esclaves dans leurs luttes pour la liberté.
L'indépendance
C'est aux accents de musiques militaires, d'orchestres, de danses, de chansons que fut célébrée l'indépendance d'Haïti le premier janvier 1804. Les colons avaient permis aux esclaves noirs d'étudier la musique européenne. Chaque habitation possédait ses Nègres-artistes employés pour le plaisir de leurs maîtres. Déjà en 1791, Toussaint Louverture, à la tête d'une petite armée bien organisée, avait sa fanfare. Selon le musicologue haïtien Constantin Dumerve, ce corps de musique avait accompagné le gouverneur Louverture à l'occasion de la remise du Môle Saint Nicolas au général anglais Maitland en 1798.
Les gouvernements qui se sont succédé à la suite de l'indépendance s'éaient fait un point d'honneur de promouvoir la musique dans le pays. L'Ecole Nationale de Musique, la première du pays, fut crée le 20 Janvier 1859 (Moniteur 1860) par les soins du Président Nicolas Geffrard qui composa lui-même la musique de l'hymne national d'Haïti, la Dessalinienne. Par la suite, les écoles se sont multipliées à travers le pays. On assista à une véritable explosion de la musique savante.
La création de Petit Séminaire St Martial en 1865 vient compléter ce dispositif qui eut pour résultat un foisonnement de musiciens de grand talent dont les noms sont parvenus jusqu'à nous. Ce sont les Occide Jeanty, Julien Courtois, Nicolas F. Geffrard, Lyncée Duroseau, Théramène Ménès, Fernand Frangeuil qui a révolutionné la meringue haïtienne. Du repertoire très riche de ces talentueux musiciens, qui cultivé avec succès des genres musicaux comme la valse, le menuet, la meringue, la marzurka, la marche, la polka, nous retiendrons l'excellente méringue, encore très populaire en Haïti, "Choucoune" (musique de Michel Mouton, paroles du poète-musicien Oswald Durand).
La bal haïtien, la méringue et le compas
On ne peut parler de la musique haïtienne sans relater la tradition des bals en Haïti. La musique a toujours été synonyme de danse depuis le temps des tournées nocturnes des esclaves au fond des forêts de Saint Domingue jusqu'à nos jours. Le bal étant le principal loisir organisé du pays, les Haïtiens de toutes catégories sociales ne désemplissaient ces lieux de danses qui ont contribué au développement de la musique populaire des années 60.
Après le règne de la meringue est apparu un nouveau rythme, le compas : innovation rythmique apportée par la compétition musicale entre deux musiciens d'exception, Webert Sicot et Nemours Jean Baptiste. C'est en effet à la fin des années 50 que ces deux comparses après avoir débuté et joué dans "L'Ensemble aux calebasses" (du nom d'un night club de Mariani dans banlieue sud de Port au Prince) fondèrent chacun de leur coté un groupe musical le "Compas Direct'' pour Nemours Jean-Baptiste et la "Cadence Rempa" pour Webert Sicot.
De cette lutte musicale fratricide, c'est le "Kompas direct'' qui a survécu. Cette musique, vouée à la dalle et à la détente, basée sur une formule rythmique que certains disent proche du merengue dominicain d'autres du "Calypso'', a fait danger toute la population : les pauvres des bidonvilles et la bourgeoisie des quartiers riches. Et pendant longtemps, cette musique a été le seul moyen d'expression de tout un peuple vivant sous le joug dictatorial des Duvalier.
Le dictateur a tenté d'utiliser la popularité de ces ensembles musicaux et de leur nouveau rythme pour alimenter sa propagande. Les meringues carnavalesques "Min djet la'' (1965) de Webert Sicot et ''Tou limin'' (1965) de Nemours Jean-Baptiste chantent les nouvelles initiations électriques et l'arrivée des avions à réactions à l'aéroport international que venait d'inaugurer le dictateur.
Par la suite, toute une pléiade de talentueux musiciens vont suivre les sillons tracés par ces prestigieux aînés, pour perpétuer un mouvement musical qui inondera toutes les Caraïbes, l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Afrique. A la fin des années 60, les orchestres tels que les Shleu-shleu, les Gypsies, les Difficiles, Ambassadeurs ont remplacé les formations de Nemours et Sicot. Ces groupes, appelés mini-jazz, étaient composés de deux guitaristes, d'une guitare basse, d'une batterie, d'un saxophone alto et d'un chanteur, et avaient fait le bonheur des mélomanes.
Avec les Skah Shah, Tabou Combo, DP Express, Frère Déjean, Coupé Cloué, Bossa Combo, Magnum Band, System Band Tropicana, Septentrional, la musique haïtienne exercera un véritable leadership dans les Caraïbes. Au point que les musiciens antillais durent fonder une association de défense des artistes locaux. Des musiciens très talentueux s'illustrèrent pendant période : Rosini Jean-Baptiste dit ti Manno, Gesner Henri (le roi Coupé) et les autres ont contribué à l'évolution de cette musique dansante destinée à distraire le peuple, mais qui porte une véritable identité haïtienne. Nous y retrouvons beaucoup de traits de la culture haïtienne
Nous ne pouvons non plus passer sous silence le fait que cette musique populaire a su à sa manière, participer à la lutte du peuple haïtien contre la dictature des Duvalier. Les textes sarcastiques des troubadours comme Manno Charlemagne (Jebede, 1979), Beethova Obas (Le chant de la liberté), la poésie tapageuse d'un Gérald Merceron feront trembler l'édifice duvaliériste.
Cependant, après avoir assisté à la fin des années 70, à la marée musicale antillaise (Guadeloupe, Martinique, NDLR) portée par les Grammacks, les Aiglons, et Exile One, la musique haïtienne a cédé à la puissante machine qu'a représenté le Zouk dans les années 80. Juste revanche, dira-t-on!! La nouvelle tendance de la musique haïtienne ("Nouvelle Génération'') ne fait pas le poids. Et de plus en plus, la musique populaire haïtienne perd cette force identitaire qui la caractérisait. Il est aujourd'hui difficile de différencier certains groupes haïtiens d'un groupe antillais. La "nouvelle génération'' s'aligne sur les mélodies antillaises. Les nouvelles techniques sont passées par là !
La musique haïtienne semble traverser une période de stagnation. Les "groupes racines'': Boukan Guinin, Boukman Expérience, comme par réaction à cette léthargie, ont remis au goût du jour les rythmes de la musique vodouesque et perpétuent à leur manière la musique populaire haïtienne.
BIBLIOGRAPHIE
Métraux Alfred, La vaudou haïtien, Gallimard, 1968 Bastide Roger, Les Amériques noires, Payot, 1967 Boncy Ralph, La chanson d'Haïti, CIDIHCA, 1992
The legendary orchestra leader and gallery owner Issa El Saieh has passed away in Port-au-Prince, Haiti, at the age of 85. He leaves his two children Manno and Babette and three grandchildren.
The family of Issa El Saieh originally came from Bethlehem. It had arrived in Haiti via New York some time at the beginning of the twentieth century, and its members dedicated themselves to business, with great success. Issa’s half brother Élias Noustas founded the first department store in Haiti: La Belle Créole.
Issa became a legend in his own life time, in two ways. During the 1940s and 1950s he had a big band that created a new school in Haitian music, The band played a mixture of Haitian music, jazz and Afro-Cuban, and cut a number of records on Issa’s own label, named La Belle Créole as well. Issa had been to school in the United States, and later he would take music lessons in New York from Eddie Barefield, Walter ‘Foots’ Thomas, Andy Brown and Budd Johnson. He played tenor sax and clarinet but never took any solos. Issa was more of an organizer and an arranger who would regularly bring such great musicians as Budd Johnson and Billy Taylor to play with the band. The orchestra became a nursery for musicians and singers who would eventually be among the most well-known in Haiti, like the alto sax Raoul Guillaume, the singers Guy Durosier and Joe Trouillot, and the drummer Ti Marcel, who compared with Ti Roro, known for his cooperation with Katherine Dunham. (He also played with the band from time to time.)
During the 1950s Issa also opened his art gallery, without the shadow of a doubt the most famous one in the country, described in all guide books. He was a unique talent spotter who discovered and hired a large number of the great Haitian naïves: Jacques Enguérrand Gourgue, André Pierre, André Normil, Jacques Chéry, Seymour Bottex, Alexandre Grégoire and dozens of others. His prices were always reasonable, he never dickered, that was for tourists, and he always left you time to pay, if necessary. His own collection of Haitian art is the best one in the world.
For some years around 1960 Issa also manged the Grand Hôtel Oloffson. There he met Graham Greene, and sure enough he is to be found in The Comedians, as Hamit, the ‘Syrian’, who is murdered and who knew ‘as many intimate things as a prostitute’s dog’. Issa had himself experienced Papa Doc’s regime of fear when in the mid-sixties he was thrown into the notorious Fort Dimanche. It was a total of one month in different jails for some made-up crime before he was back out again.
The Galerie Issa for may years was a gathering place in Port-au-Prince. Issa rarely left his house. He did not have to, because people came to him instead. It was always fun, and you could be certain that something happened and that you always met someone; artists, journalists, some minister and more or less corny tourists who could never quite figure out whether what Issa told them was serious or not. It was like a day at the race track with the Marx brothers.
Issa’s last years were darkened by Alzheimer and a weakening memory, but the illness never managed to grip him completely. He was a formidable institution, personally completely without pretension, full of stories, and he knew everybody. Now, he is gone. An epoch has come to an end. Sayonara Issa! _____________________________________ Narration par Roland Leonard, Le Nouvelliste 21 Juillet 2008
Issa-el Saieh : Ave, maestro ! Les vivants vous saluent
Epris de modernité et de mise à jour orchestrale, il fait appel au pianiste cubain Belbo Valdez, son frère spirituel, au saxophoniste ténor et arrangeur américain Budd Johnson, au pianiste Billy Taylor pour convertir ses partenaires et coéquipiers, dans des ateliers à l'esthétique nouvelle du ''Bop'' et ses acquis harmoniques.
On se sent tout penaud, essoufflé et retardataire dans cette démarche : elle aurait dû venir plus tôt. Plus de soixante ans, après sa consécration de son vivant et dans sa jeunesse par des centaines et des centaines de couples dansants, anonymes, et par ses pairs musiciens, après les apologies brillantes de Thony Louis-Charles, Ed Rainer Sainvil, Louis Carl Saint Jean et Mats Lundahl, que peut-on ajouter de mieux à la gloire de ce brillant fleuron de notre musique de danse populaire et urbaine ?
Toute nouvelle exégèse peut sembler redondante et superflue... Et pourtant l'artiste et son orchestre légendaire interpellent fortement notre conscience et notre plume à témoigner de son apport inestimable au progrès de l' univers des notes chez nous.
Non, s'agissant d'Issa-el-Saieh on ne tarira jamais de paroles, d'écrits, d'éloges. C'est également pour nous l'occasion de méditer sur la quête identitaire chez nous, sur le véritable sens de l'haïtianité et de la citoyenneté, du sentiment d'appartenance, et sur la vanité et les dégâts de la question de couleur et sociale dans la reconnaissance des valeurs. On conclura aussi que métissage culturel et nationalisme ne sont pas incompatibles si on respecte les proportions...
On connaît les détails de sa biographie (1919-2005). D'ascendance palestinienne de par ses parents, il est né à Petit Goâve le 22 février 1919 ; il séjourne dix ans environ aux Etats-Unis (1929-1939) pour sa scolarité au cours de la quelle il joue de la clarinette et du saxophone dans la fanfare de l'établissement. De là-bas, il garde la passion du jazz. De retour en Haïti, il intègre les rangs du ''jazz'' Rouzier en 1940 (sax et clarinette).
Avec quelques-uns de ses membres et les meilleurs instrumentistes, avec l'arrangeur Antalcidas O. Murat, il forme ''l'ensemble Issa-el-Saieh'', l'un des pionniers , en 1942, à intégrer les thèmes et les rythmes folkloriques dans la musique de danse commerciale.
Un peu plus tard, l'orchestrateur Bobby Hicks, natif de Saint Thomas, établi à Porto Rico, lui prêta ses services inestimables .
Actif de 1947 à 1952, dans l'orchestre, en tant que musicien et leader, ce fut la meilleure période d'Issa-el-Saieh, avec dans ses rangs des talents comme Serge Lebon, Hilario Dorval, et Alphonse ''Chico'' Simon aux trompettes ; Raoul Guillaume, Roland Guillaume, Charles Dessalines, Guy Durosier, Wébert Sicot, Ludovic ''Dodo'' William, Sevelum : saxes ; Raymond ''Ti-Roro'' Baillergeau et Marcel ''Ti-Marcel Jean : tambourineurs ; Antoine ''Zanmi'' Sénécal à la batterie ; Kénel Duroseau à la basse ; Belbo Valdez et Ernest ''Nono Lamy : pianos ; Joe Trouillot, Vaille Rousseau, René Dor, Guy Durosier, Herby Widmaier : Chanteurs...
Quintessence et pléiade de bons musiciens du moment qui allaient devenir, dans le futur, d'excellents chefs d'orchestre ou hommes de scène, de grandes vedettes.
Cet ensemble a connu une à deux fournées différentes et des noms nous ont échappé tantôt comme : les Bretoux, Fritz Pierre, Marcel Fleury, Kesnel Hall, aux trompettes ; Victor Flambert au saxophone ténor, Emmanuel''tonton''Duroseau au piano; Louis ''coucoune '' Denis à la batterie.
L'époque
De 1940 à 1956 environ, la société haïtienne passe par les grandes phases d'une mutation idéologique . Le sentiment nationaliste et indigéniste brandi à la face de l 'occupant américain comme force de résistance politique et culturelle, dans les décennies précédentes- les années trente en particulier- d'abord manifestation élitiste et savante (en musique : Werner.A. Jaegerhuber, Lina Mathon Blanchet, François Guignard) s'exacerbe et gagne la ferveur de la presque totalité des couches sociales. Dans les différents domaines et manifestations artistiques, le folklore haïtien devient la référence identitaire incontournable.
On ne peut passer, néanmoins, sous silence les tensions de l'intérieur engendrées par les clivages économiques et l'épiphénomène de la répugnante question de couleur.
La fin de la guerre, la chute d'Elie Lescot et la dite révolution de 1946 voient émerger le régime de Dumarsais Estimé, favorable aux courants exprimés par les penseurs et précurseurs visionnaires tels que Jean Price Mars (Ainsi parla l'oncle), Jacques Roumain, Pétion Savain, Philippe Thoby Marcelin, les écrivains de l'école indigéniste et les Griots, pourfendant la tendance au bovarysme culturel de l'élite bourgeoise haïtienne, responsable de nombreux malheurs.
C'est le triomphe officiel et la concrétisation de ces doctrines mises au profit de la propagande et de la machine gouvernementales qui les institutionnalisent au bénéfice de l'essor du tourisme et des visiteurs étrangers friands de créations natives, de productions autochtones. Les excès de cette tendance engendrent un effet pervers, à charge de revanche sur le mulâtrisme : le noirisme, bien servi par l'argutie et le boniment de l' authentisme...
Issa-el-Saieh va donc être pris entre deux feux, tiraillé entre son amour profond des airs musicaux folkloriques et sa fascination du JAZZ ramenée des Etats-Unis ; culture engendrant l'hostilité d'une grande partie du public en fonction de la récente occupation ; culture cependant d'essence, d'origine nègres.
Le règne-tampon de Paul Magloire (1950-1956), soucieux de consensus social, de tempérance et d'harmonie, va lui être favorable. Cabane Choucoune, entre autres boîtes de nuit, sera son temple d'expression pour ses grandes messes du samedi soir, dont l'un des fidèles était ''Kanson-fè'' lui-même escorté de sa petite junte et de quelques ministres.
Le style et L'esthétique
De son séjour aux Etats-Unis dans les années trente (30), Issa-el-Saieh a gardé l'amour des grands orchestres de danse de l'ère ''Swing'', dits big bands ou encore Stage bands : une section des anches avec 4 à 6 saxophones, sans compter une clarinette ; une section d'instruments à embouchures, dits ''Brasses'', consistant en trois ou quatre trompettes, augmentée parfois de 1 à 2 trombones, enfin une section dite rythmique composée d'un piano, d'une contrebasse, d'une batterie, auxquels s'ajoutent dans le contexte caribéen des percussions : tambours- congas et/ou bongos.
Cela fait beaucoup de monde à gérer, à coordonner , beaucoup de possibilités de jeux en sections, parties ou ensembles, avec un fond sonore d'accompagnement ou ''background" que les instruments peuvent occuper à tour de rôles : appels et réponses, riffs, accords longuement soutenus, (accords d'orgue ou goops) ponctuations, breaks d'accompagnement, contrechants et comblements, rythmes simulés et arpèges, fill-ins. Bref, toute une architecture demandant les connaissances en écriture de partitions, en instrumentation et orchestration d'un musicien-cerveau : l'arrangeur, dont les compétences vont jusqu'à la composition - l'américain dit bien arranger-composer ; -introductions écrites et conclusions, développements et variations arrangés sont également de ses attributions. Issa-el-Saieh a été idéalement servi sur ce point par Budd Johnson, Billy Taylor, Belbo Valdez et surtout par le grand Bobby Hicks.
La plupart des rythmes folkloriques comme le anvalou, le ibo, le congo, le pétro, le nago, le dahomen, le mayi , la contredanse, à base des thèmes du domaine public tels ''Peze Kafe'' ''fey-o'' ''makaya'' '' kouzen'' '' fèy nan bwa'' ''caroline acao'' '' Odan -na-miré '' '' minis Azaka'' ''Aida '' Madelia- santi-foula''côtoient la méringue lente haïtienne , et la méringue populaire vive et gaie, dite ''méringue Kata'', se confondant souvent avec des cadences proches comme "maskawon", "raborday'' jusqu'au pétro.
Il y a certainement des compositions originales, aux paroles coquines, satiriques et truculentes. Les rythmes afro-cubains, autres influences majeures de l'époque , coexistent avec les nôtres : son montuno, mambo, cha-cha-cha et boléros. La musique cubaine de danse influence, au fait, jusqu'à la structure de notre art : développement en ''mambo'' à bases de riffs se chevauchant pour exciter la frénésie des couples.
Certaines harmonies, audacieuses pour l'époque et dérangeant les sages oreilles haïtiennes accoutumées à la grosse consonance, nous font sourire aujourd'hui tant elles sont courantes : septièmes majeures et mineures, neuvièmes, onzièmes, treizièmes. Issa-el-Saieh, sur ce point-là, faisait un bon dosage de la tradition et de la modernité.
Le legs.
Fred Paul, producteur de musique de danse haïtienne, a une très bonne culture et du goût, à l'origine d'initiatives louables, non commerciales parfois, préservant notre patrimoine et l'exposant aux jugements positifs de la postérité.
3 CD compilant les oeuvres de l'ensemble ''Issa-el-Saieh ont paru, successivement en 1997 ''El maestro et son orchestre'' et dix ans après en 2007 ''La belle époque'' volumes I et II.
Le plus attachant par la qualité sonore reste et demeure le premier disque de 1997 ''El maestro... '' mettant en relief la voix de Guy Durosier-et non moins celle de Herby Widmaier- enregistré à ''radio progreso, La Havane, Cuba ( 1956 ?1958 ?) avec un orchestre de 22 pupitres, mis sur pied spécialement par Belbo Valdez.A part les chanteurs et le maestro, il n'y a eu que quatre instrumentistes haïtiens à participer à l'aventure :Alphonse ''Chico'' Simon ; Raymond 'ti roro'' Baillergeau , Marcel ''ti Marcel'' Jean René'' ti dor'' .
En voici les titres :
1) ''Anana '' (méringue populaire).Il s'agit d'un ananas spécial, bien féminin
2) Haiti (méringue lente). Une superbe orchestration de la méringue lente de Marcel Sylvain (1935), composition chantée par Guy Durosier .
3) ''Choucoune'' méringue lente . La composition de Mauléart Monton sur le poème d' Oswald Durand est bien rendue par Herby Widmaier
4) Rele'm (méringue populaire à tendance pétro). Quand on a des ''racines'' ,quand on est'' solide'' et que son père est houngan, sa mère manbo... les autres n'ont qu'à bien se tenir.
5) ''La sirène, la baleine'' très intéressant arrangement sur un rythme de IBO .
6)''contre danse # 1'' . Souvenirs associés : 1956. Classe maternelle finissante chez les soeurs de la sagesse .Le pays se prépare à '' jeter'' kanson-fè . Introduction '' en contredanse suivie d'une bonne méringue à tendance carnavalesque. Vive l'absurde !
7)''Magie nan caille'' (méringue populaire à tendance pétro). Encore Guy et sa voix de stentor .
8)Pirouli. Drôle d'histoire ! une chatte à pendentif et boucles d'oreilles suce un pirouli. Ca se comprend, non ?Bizarre !
9)Au perchoir. Méringue lente instrumentale à la gloire du ''resto'' du frangin.
10)''Arona leve ''. Quelle impudence ! Venir prendre ses ébats sexuels dans un cimetière avec un client, en pleine nuit, dans le royaume du Baron Samedi !A genoux ! Demandez grâce au maître-guédé.
11)''Patience ma fille'' (méringue populaire). On charrie la fille qui a coiffé ''Sainte Catherine'' et qui risque de rester avec dans sa main un ''double six'' de domino.
L'amour de son pays, n'est pas une affaire de couleur de peau, d'appartenance sociale ou de caste; il n'a rien a voir avec son ascendance africaine, française ou palestinienne, ni haïtienne. La question mérite d'être soulevée de nos jours, car certains continuent à s'en servir comme arme d'exclusion politique ou culturelle.
Le progrès -dans tous les domaines- n'a que faire des ''ismes'' qui ont semé la pagaille de notre histoire pendant plus de deux cents ans :mulâtrisme, noirisme, authentisme, estimisme, magloirisme, duvaliérisme, jean claudisme..., et j'en passe. Ces concepts honteux et dégradants sont à la base des pires ostracismes rendant sourds et aveugles aux droits et mérites des uns et des autres. Ils doivent être extirpés de la conscience nationale définitivement.
Issa-el-Saieh a eu beaucoup plus de ferveur patriotique que beaucoup de soi-disant AUTHENTIQUES ! Il a bien mérité de la patrie.
I Have always wanted to Know about Issa El Saieh. My Father was, for me, a book concerning anything related to haitian music. He was from Croix-des-bouquets and spent his teenage his years in both P-AU-P and his hometown.He knew almost everything about Issa El Saeih,Nemours Jean Baptiste, Beni More, Celia Cruz...Unfortunately, He passed away in Oct 2005. Since I left Haiti, Things that I liked the most are for me now History. We should have books and complete research about those great figures. I am very interesting in Musical and sport figures ... Issa, Dodof Legros,Julien Paul,Ti Paris, Roger Colas,Ti RoRo(I've seen sleeping in the grass in Champs de Mars), Dadou Pasquet. I have been in haiti several times , I could have gone and seen him face to face.. Mes profonds regrets